Quand nos institutions deviennent des médias et des réseaux sociaux (et réinventent leur mission de service public)

Posté le 11 décembre 2008
Classé dans Médias, Politique |

Il est grand temps que j’écrive ce papier ; je vous le livre cependant ici brut de décoffrage, je n’ai pas une seconde ces jours-ci…

Voici comment vos communes, vos agglomérations, vos départements, vos régions, nos partis politiques et les nations sont en train de réinventer leurs missions et leurs rapports aux citoyens, en se nourrissant (et en intégrant) des bonnes pratiques issues des usages web.

> Connaitre l’état de la circulation en recevant un fichier bluetooth sur votre mobile quand vous sortez du parking ? Rennes le fait. Savoir via une alerte sur Twitter à quelle heure le Tower Bridge se lèvera, pour l’éviter ou au contraire vous y rendre en amoureux  ?  “Just follow it”. Des forces politiques françaises qui s’appuiraient sur des médias sociaux et des outils 2.0 afin de rassembler des non-militants (et leurs militants) ? Le printemps sera prolixe… Un digg-like pour poser vos questions au Président élu et voter pour les questions les plus urgentes selon vous ? Obama - le même qui a transformé une bande de jeunes abstentionnistes en activistes surefficaces et a levé des millions via un réseau social tenant plus du “jeux social” que du média de propagande vertical - le permet depuis hier. Et sans Tabou : en une à cette heure une interrogation coup de point sur le rôle de Blackwater en Irak ! (…)

Jusque-là, ces dernières années avaient vu les blogs de candidat fleurirent. Et ces mêmes politiques, le lendemain de leur élection appuyaient sur “off”. C’est pourtant ensuite, dans le cadre de la “gestion de la cité” et de l’administration de la vie de la communauté, que se joue le véritable enjeu né des usages d’internet.

Une génération entière de directeur de la communication, de DSI et de politiques de site web est en passe d’être renouvelée. Logiciels libres, sites véritablement participatifs, réseaux sociaux transversaux de service public, médias sociaux culturel, d’échange et/ou de proximité, services de microblogging géolocalisés intégrés à la ville, mashup inédits et hub personnalisés (…), la liste des aventures éditoriales et technologiques qui se préparent* vont bouleverser plus que les outils de communication de nos institutions.

Les stratégies politiques sont révolutionnés par ces “nouveaux usages” que les “nouveaux écrans” ou les “nouveaux médias” incarnent. Le temps de l’inertie et de la prise en compte de ce changement de paradigme est passé. En quelques mois j’ai vu les territoires cesser de ne parler plus que de tuyau, de trous, de débit, de gaines et de taux de couverture pour s’intérroger (enfin) sur leur rôle en temps que média, que réseau, que relais de contenus et de prestations… Et en tant que service public on-line, tout simplement.

L’éducation aux médias, le lien social, la démocratie directe, la liberté d’expression, l’écoute (et plus seulement l’émission de message) ou encore la serendipité, la mobilité, le télétravail, sont au cœur des mues aujourd’hui en cours. Contre tout attente, diront les aigris ;-)

En cessant de voir Internet comme un simple outil et en en intégrant les codes, nos institutions passent de la communication politique à un service publique de la médiation culturelle, informationnelle, éducative et de la connaissance. Hyper local par définition, le territoire devient medium. Un medium porteur de valeurs ajoutées considérables.

Je suis, comme tous ceux qui ont conscience de ce changement de braquet, à l’aube de saisir encore combien et jusqu’où nos quotidiens et notre rapport au “public” en seront différents. Je sais par contre combien les premiers à embrayer réellement seront considérés et combien les “digital-natives” ont en conséquence de l’or dans les mains. Dans la tête plus exactement.

Car tout cela ne se fera qu’avec un accompagnement (l’utopie de l’UGC belle et bien enterrée, le plein accès à l’expression et au partage on-line nécessite une quantité phénoménale de transmission de savoir) avec une formation continue et une action de terrain qui ne se délocalisent pas et n’ont pas besoin de croissance pour exister. C’est l’existence même de ces nouvelles missions et de ce lien renouvelé qui feront ces nouveaux emplois. Qui plus est à faible impact écologique ;-)

Créer du lien, mieux connaitre ses administrés, anticiper les problématiques, mutualiser les moyens, faciliter l’accès aux service et aux savoirs, mixer les cultures savantes et populaires, réinventer le périmètre et le rôle des médias et des réseaux publics (qui est média ? Qui fait réseau ? Pour quoi ?) ou encore valoriser le patrimoine et les richesses humaines… Tout ces défis (et bien d’autres, je reviendrai durablement sur cette réflexion) sont au cœur des projets, des rêves ou des promesses de la génération à venir d’élans, d’hommes et de femmes politiques, mais aussi d’institutions, d’administrations et de gouvernements que nous préparent cette transformation.

Un dernier pour la route ? Le très faible coût relatif de ces dispositifs - voir parfois même leur possible rentabilité - vont faire de la crise économique et sociale en cours un levier d’accélération considérable à cette mécanique, dont les premiers signes sont déjà palpables - en témoignent les échanges eu lors des récents Interconnectés de Lyon et CapCom de Nantes, notamment, ou depuis le lancement de Chermedia et DépartementMedia

* (en se spécialisant dans cette branche, ma société voit passer nombre de ces projets ou sollictations, ces derniers temps à un rythme sans précédent. Et même si ce sont pour partie encore que de bien belles intentions, cette tendance est largement signifiante)

MAJ > Schéma de David Armano découvert a posteriori (via @Jadlat) et qui me semble parfaitement illustrer ce propos ;-)

Commentaires

2 commentaires sur l'article “Quand nos institutions deviennent des médias et des réseaux sociaux (et réinventent leur mission de service public)”

  1. Les médias sociaux au service des territoires : :: Nues Blog par Nicolas Voisin :: le 31 décembre 2008 à 12:42

    […] [Cet article est extrait d’un papier plus développé, publié ce matin sur 22mars / Il fait suite à la rédaction de différentes réponses à des appels d’offre ces dernières semaines et se veut une très courte synthèse publique de ces réflexions - aussi délicat que soit cet exercice / Cet article fait également suite à ce précédent billet publié la semaine passée] […]

  2. Internet est une rue… : :: Nues Blog par Nicolas Voisin :: le 25 janvier 2009 à 11:04

    […] Quand je vous dit que les “digital native” ont de l’or dans les mains usages [1-2]… […]

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