Posté le 25 janvier 2009
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A force de le répéter IRL, il est temps de synthétiser cela ici. Autant pour les Marc L*** que pour les Frédéric L*** et compagnie…
Aux parents :
- Laisseriez-vous des enfants en bas-ages seuls dans une rue, à n’importe quelle heure, se promener et ouvrir n’importe quelle porte sans leur avoir dit de ne pas parler à des inconnus trop avenants, sans leur avoir donné quelques conseils, sans les tenir au départ par la main, sans leur ordonner de ne pas révéler leur identité à tout bout de champs ? Non ! Vous les éduquez donc, vous leur transmettez un savoir élémentaire.
Parents, Internet n’est pas bon ou mauvais, comme une rue n’est pas “bonne ou mauvaise”. Internet est ce que l’on y fait. Le web est riche des rencontres et découvertes que vous y ferez. Mais ne pas tout y révéler est une évidence qui mériterait plus d’attention et moins de paranoïa. Interdiriez-vous à votre enfant de sortir de chez lui ?
Cela me rappelle une anecdote lue il y a un an ou deux chez Pierre (ou Philippe) Bilger. Il évoquait un ami qui lui disait “mes enfants je leur interdits de passer plus d’une heure par jour sur le net” et précisant que cet ami n’avait, a forciori, rien compris. Et ces enfants pas beaucoup de chance…
Je rajouterai que passer des heures sur les skyblogs et msn n’est pas seulement négatifs. Ces digitals natives ne regardent déjà plus le JT de TF1 avec la candeur qui était la notre au même age. Cette distance critique face au médias et à l’information est une vertu, qui mériterait que l’on s’y penche et que l’éducation nationale cesse d’ignorer… Par absence de formation des formateurs et de vision du politique ?
Aux annonceurs et aux communicants :
- Mettez-vous au beau milieu d’une artère très passante. Levez la main et hurlez ce que vous voulez exprimer. Nul ne prêtera attention à vos propos. Pire, les passants se détourneront de vous, quoi qu’ait pu être juste, passionnant ou important votre message.
A l’inverse, tendez l’oreille lors d’une discussion entre un groupe de personnes s’étant arrêtées un instant pour palabrer. Mieux encore, interrogez un expert ou un spécialiste sur la façon dont vous pourriez glisser votre message à ce groupe de discussion et inscrivez vous DANS la discussion (dans les usages). Vous trouverez des oreilles attentives, obtiendrez une écoute bien plus qualitative. Et gardez en tête une chose : un mail ne peut pas être une pub. Un mail est un échange privé. A l’inverse une publication on-line tient du domaine public. C’est là que vous pouvez pousser des portes. Celles des commerces et des lieux de vie de la communauté, pas celle des maisons et appartements privés…
A ceux qui vont chercher à investir les média sociaux :
- Ouvririez-vous une épicerie sans être formé à ce métier ? Seriez-vous boucher ou poissonnier par opportunité si vous ne savez pas découper une pièce de viande ou préparer un poisson ? Ouvririez-vous une pharmacie sans investir dans une formation ou, à minima, dans des ressources formées et compétentes ?
L’enjeu des médias sociaux, qui plus est au service des institutions publiques, est d’abord un enjeu de formation, de transmission des savoirs, d’accompagnement, d’animation et donc, in fine, de lien social. Ce lien ne se fait pas sans effort, sans remise en cause de vos certitudes, sans rythme insufflé, sans donner avant d’espérer recevoir.
C’est le cœur de notre activité professionnelle donc je me permets d’insister lourdement : ouvrir un blog, adosser sa présence on-line à un réseau social, “devenir un média social”, tout cela ne peut se faire sans grands efforts de formation ou encore d’acceptation des règles et usages de l’univers que vous prétendez investir.
Une rue, une vitrine dans cette rue, un lieu d’accueil du public, ne peuvent être battis ni en plein désert ni entre deux voies et sans connaissance de la langue et des mœurs de ceux que vous espérer accueillir. Tout ceci nécessite des compétences, de l’humilité et des efforts considérables. Aller marcher en vile peut ne rien couter ; ce n’est pas pour autant que vous sortez à poil dans la rue !
(…)
Cette note mérite que nous la poursuivions ensemble. Oubliez qu’il y a écrit “commentaires” et imaginez qu’il y ait écrit “discussion”. Animer cette discussion est le principal enjeu des marques de médias et des institutions qui investiront la toile. C’est aussi celui de l’individu qui compte s’y forger une réputation (et la réputation sera “tout” demain).
L’internet qui vient, interopérable, urbain, rural, nomade, de service et de proximité est affaire de blogs, de liens et de réseaux sociaux. Aucun de ces 3 points n’est “animé” et ne vit de fait, de lui-même. Le supplément d’âme garant de votre réussite (et de celle de vos enfants, clients ou administrations) dépend de la façon dont vous vous y préparerez.
Quand je vous dis que les “digital native” ont de l’or dans les mains usages [1-2]…
–
(image d’après Tréo7)
Commentaires
13 commentaires sur l'article “Internet est une rue…”
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Salut nadine! je repasse par là et décfouvre un lien intéressant vers un dossier sur les Roms.
Si je puis me permettre, quelques rectifications:
- "Rom" signifie "homme" et "être humain"… je n’ai jamais entendu parler de cette hypothétique signification d’"artisan"… la dénomination "Rrom" ou « Rom » a été officiellement adoptée (avec cette traduction: être humain) au Congrès Rom international de 1971, ainsi que le drapeau rom (magnifique dans la symbolique : bleu du ciel, vert de l’herbe et des forêts, roue représentant le voyage mais aussi le Ashrok chakra présent sur le drapeau indien) et l’hymne rom (djelem djelem : j’ai voyagé, j’ai voyagé).
- la langue des Roms n’est pas le romnepen, mais le romani, issu du sanskrit, ou plus précisément d’une prâkrit (langue parlée) du nord de l’Inde. Romnepen est le nom que les Sinti (qui s’appellent Manouches en pays francophones, à prononcer Man nouche) donnent à leur langue, un romani fortement germanisé et un peu latinisé. Les Roms d’Espagne, les Gitanos (pour faire court) parlent, par exemple, le kalo, un castillan ou un catalan authentique avec un très faible substrat de romani.
- Par ailleurs, la « romanipen » est une notion englobant différents aspects de la culture et de l’histoire des Roms, et surtout la fierté de ces derniers d’y appartenir, de se définir en tant que nation sans Etat… On pourrait traduire ça par « Rom pride »…
Bref, tout n’est, me semble-t-il, pas à prendre au pied de la lettre dans ce dossier, qui part cependant d’une bonne volonté…
Il est par ailleurs important de noter qu’il y a en France des milliers et milliers de Yéniches sur les routes (et sédentarisés), ces voyageurs souvent blonds aux yeux clairs, qui n’ont à l’origine rien à voir avec les Roms. Il s’agit de nomades parlant une langue germanique (qui a, d’après les linguistes, étonamment peu évolué au fil des siècles), et dont l’origine est floue. Ils viendraient de Suisse… On sait malgré tout qu’ils sont un « peuple en marche » depuis plusieurs siècles, et qu’ils ont une langue tout à fait distincte des autres peuples migrants d’Europe. Cela dit, leur mode de vie étant très proche de celui des Roms depuis des siècles, le métissage existe. Par exemple, Stefan Eicher est descendant de Yéniches, et il dit volontiers à la télé qu’il est d’origine tzigane… ce qui est faux, mais évite de rentrer dans des explications fastidieuses… Tout comme les jeunes Kabyles ou plus généralement Berbères de France se disent souvent « Arabes » (parce-qu’on les dit Arabes), les jeunes Manouches se disent parfois Gitans, les jeunes Yéniches se disent parfois Manouches etc… ils se perdent eux-mêmes dans ces appellations diverses et variées, qui ne sont pourtant pas synonymes…
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et je rajoute juste : c’est vraiment un raccourci de dire que le "romani" s’est bien conservé… il en reste des traces dans les différentes langues "majoritaires" que parlent les Roms d’Europe aujourd’hui, mais le "romani" est, comme beaucoup de langues "minoritaires" ou "minorisées", en voie de disparition depuis des années… (et la sédentarisation massive des Roms n’arrange rien, bien entendu…)
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Excellentes comparaisons
Par contre, attention aux dérives possibles de cet exercice, déjà insérées au début de chacun de mes dvd ( vous voleriez un sac / un film / Pirater, c’est voler )
Euh… Argh ? C’est tout ce qu’il me vient, là…
J’aaalienise à mort
En tant qu’enseignant-documentaliste, je me vois obligé de poser la question : est-ce que l’Education Nationale ignore véritablement la question de l’attitude critique que les jeunes adoptent face aux media, ou est-ce l’image que vous en avez ?
Sans vouloir risquer la généralisation, les collègues avec lesquels je travaille régulièrement - en Technologie, en Français, en Histoire et évidemment en Documentation - prennent régulièrement quelques séances (jamais assez face à la masse de travail à réaliser, hélas) pour revenir sur la validation de l’information et mettre l’accent sur l’importance de la réflexion par rapport aux contenus que l’on trouve sur Internet - et j’imagine que l’établissement dans lequel je travaille n’est pas une exception ; c’est du moins ce que les échos venant des réunions “3D” permettant aux enseignants-documentalistes des mêmes bassins académiques d’échanger sur divers thèmes me laissent à penser.
De plus, la définition du B2i (Brevet Informatique et Internet)par l’Institution telle qu’on peut la trouver sur le site officiel (http://tinyurl.com/ckyjy3)ou dans les programmes des différentes matières (disponible à l’adresse http://www.education.gouv.fr/cid81/les-programmes.html)montrent que le développement et l’exercice de l’esprit critique n’est pas abandonné par l’Education Nationale. Pour exemple cet extrait tiré du programme d’Histoire-Géographie qui met l’accent sur la nécessité de “porter un regard critique sur les sources d’information ou sur certaines interprétations”. Pour parvenir à atteindre cet objectif par contre, toutes les suggestions sont bienvenues, de tous les horizons possibles !
J’ai hâte de voir tout ce qui va être proposé dans cette discussion - et encore merci pour cet article, Nicolas !
Merci Gaucelm pour toutes ces précisions - je connais ton intérêt pour toutes les langues "minorisées"…
Même si le dossier du Tigre comporte quelques erreurs et imprécisions, il me semble intéressant car il met l’accent sur ce peuple à la culture trop méconnue
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http://www.arteradio.com/son.html?339410
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pardon, j’ai oublié de dire qu’il s’agit du témoignage de deux petites Manouches de Seine-Saint-Denis…
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Très bon article que j’ai fait pas mal circuler,
merci encore !
Je ne comprends d’ailleurs toujours pas qu’on n’apprenne pas à se servir d’internet aux jeunes, à l’école. (avec un esprit critique)
Il y a de tout et de rien dans cette rue,
Il faut juste savoir frapper à la bonne porte !
[…] Internet est une rue : Très bonne analyse de Nicolas Voisin qui compare donc Internet à la rue, une rue où on ne […]
[…] de consacrer du temps pour accompagner l’enfant sur Internet (comme on le ferait dans la rue) car aucune solution technique ne peut exonérer d’une démarche éducative et sociale de la […]
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