Posté le 20 février 2009
Classé dans Médias, Politique, Société |
Je vous reproduis ici, avec son aimable autorisation, un article rédigé par Abeline Majorel. Celle-ci nous l’a fait parvenir dans le cadre d’une session du Social Media Club qui se tiendra le 11 mars prochain, lors de laquelle j’aurais le plaisir d’intervenir (inscription ici).
Cette synthèse (oui, un article long peut-être synthétique
) est importante. C’est en tout cas ce qui m’est aparu.
“Tout nouvel espace public est un nouvel espace politique. Le net a crée ou est crée par le netizen, et sur la toile universelle, le netizen se voit offrir un nouvel espace politique international. Pour creuser dans l’espace public numérique, il faut en comprendre les enjeux : comment à travers cette nouvelle technologie, les manières et les formes de “l’agir ensemble”, de production en commun, peuvent se combiner et chercher une efficience en tenant pourtant compte de la singularité de chacun ?
« Un citoyen responsable est un citoyen informé » disait Hubert Beuve-Méry. Avec la multiplication des sources d’information que permet le net, la part importante du savoir dans la démocratie devient centrale.
L’internaute informé est relativement typé (CSP+, 19-35ans ). On constate une autonomisation croissante des médias et de la politique démocratique.
Internet apparait donc comme un laboratoire du politique, permettant selon la culture des hackers et celle des creative commons, de puiser dans les ressources des contre-cultures à celles des situationnistes, entre autres, ou dans l’information générale, puis de mettre à disposition de tous le résultat, dans une culture du mix, pour créer une démocratie en réseau, un médiactivisme. Il est important de rappeler que la démocratie représentative qui a cours dans nos pays européens, est à différencier de la démocratie d’opinion ou de délibération.
L’internet et ses nouveaux médias permet-il à notre démocratie de tendre vers le concept de « démocratie forte » constituée par Benjamin R.Barber où les notions de participation, de citoyenneté et de communauté politique sont centrales ?
Barber projetait l’institution d’une coopérative civique des communications pour piloter les usages civiques mais aussi protéger les individus contre tout abus des médias publics et privés. Le foisonnement de la toile tendrait plutôt vers une vision explicitée par Pierre Lévy : « un projet de civilisation anonyme de recréation du lien social par les échanges de savoir, de reconnaissance d’écoute et de valorisations des singularités dans une démocratie plus ouverte, plus directe, plus participative. »
En analysant les processus d’échange actuel, au sein des blogs des commentaires ou autre, on note un comportement majoritaire de contestation profonde des fondements de la démocratie représentative et une demande de contrôle qui s’inspire plus du droit de la consommation que de la culture politique. Les nouveaux médias sont donc les parangons d’une communication synaptique, où des individualismes sont connectés et ont une fonction d’interpellation et d’agenda par la « puissance du nombre » ( Gabriel Tarde).
Les nouveaux médias sont donc prescripteurs, créent un réseau. En effet , ils permettent un partage gratuit entre experts, dans une relation égalitaire et de proximité. Leur communication est donc transversale, transparente, spontanée et décentralisée.
Ils sont un nouveau défi pour les politiques, mais sont-ils un « cinquième pouvoir » comme a pu le dire François Bayrou ? Il semble que les politiques en ont compris le poids. Le cas récent commenté par Guy Birenbaum dans lePost.fr de Barnier twittant sur Dati, ou celui encore sur Twitter, de la polémique sur le cas Bolloré et du PassNavigo, prouvent que la communication par les réseaux sociaux a un poids et une influence.
L’exemple le plus frappant est l’utilisation faite par Barack Obama de ce formidable levier pendant sa campagne et depuis peu lors de sa présidence. L’actuel président des USA a défini ainsi sa vision de la transparence par le biais d’internet: « la présomption favorable à la divulgation signifie aussi que les agences doivent prendre des mesures positives pour rendre l’information publique. La divulgation doit être intemporelle. »
Barack Obama s’est fait le premier président en temps réel et affiche sa compréhension des nouveaux médias comme une volonté de transparence : diffusion de photos par Flickr, partenariat avec Youtubelive, site officiel, question du Huffingtonpost, live-blogging, et commentaire des décrets par internet, sans parler de sa levée de fonds par le biais de MyBarackObama.
Pour optimiser la diffusion de son message, il a suivi le gimmick de Chris Hugues « Keep it real, keep it local ». La demande d’authenticité des médias faisant d’internet une sorte de télé-réalité de la politique et la visibilité de l’action sont ainsi satisfaites et peuvent être commentées dans une nouvelle agora électronique, où une pseudo égalité entre l’émetteur et le récepteur est la norme.
Ces dispositifs décentralisés sont le défi véritable des appareils politiques qui dès lors doivent gérer l’éclatement des opinions, la remise en cause permanente de leur fonction et de leur action, dans un mouvement qui fait de la souveraineté du consommateur le modèle de la souveraineté politique.
Les nouveaux médias sociaux permettent la mise en relation dont la finalité est l’action collective sur le terrain. Un des exemples de cette pratique nouvelle est le site Moveon.org, qui est un vrai cybermouvement sans chef ni centre, champion de la levée de fonds, inversant le processus de décisions puisque celles-ci vont du bas vers le haut. Certains le considèrent comme un réel cinquième pouvoir aux USA. Né il y a 10 ans d’un ras le bol lors de l’affaire Lewinsky/Clinton, Moveon.org peut s’enorgueillir de victoires effectives, comme la levée de fonds de 46 millions de dollars pour la campagne de Kerry en 2004, ou sa campagne contre le général Petraus.
Pratique du lobbying nouvelle ou contre pouvoir, le modèle de Moveon.org semble inspirer, sans pouvoir être copié, beaucoup de politiques ( ex Tony Blair). Même si le premier alinéa de l’article 25 du pacte international relatifs aux droits civils et politiques de 1966* offre plus qu’un cadre, un encouragement à l’esprit de liberté et au développement d’un e-gouvernement, il faut se « prémunir contre la tentation de considérer que des objets, des dispositifs peuvent par eux-même réenchanter la démocratie » (Olivier Blondeau)
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*art 24 Onu 1966 : « Tout citoyen a le droit et la possibilité sans restriction déraisonnable : - de prendre part à la direction des affaires publiques soit directement soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis
- de voter et d’être élu au cours des élections périodiques, honnêtes au suffrage universel et égalitaire et au scrutin secret assurant l’expression libre de la volonté des électeurs.
- d’accéder dans les conditions générales d’égalité aux fonctions publiques de son pays.»
(Image d’après un Wordle de l’article précédent customisé par Tom)
Commentaires
2 commentaires sur l'article “Social Media et Démocratie”
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Vous oubliez Nancy Fraser et l’intégration de plus en plus possible des contrepublics subalternes
Fantastique l’article, il me permettra même d’avancer sur mon mémoire.
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