Hadopi clarifie les choses : Nos politiques ont démissionné !

Posté le 10 avril 2009
Classé dans Hors du temps, Politique, Riposter |

Pour la première fois de l’histoire politique en France un débat touchant aux libertés numériques à été diffusé et commenté en direct et gratuitement face à une “masse” de “citoyens” suffisamment importante pour qu’en sorte intelligence collective et influence. Des députés qui n’y connaissaient à peu près rien ont bossé (Martine, puisque tu nous lis, bravo !) ils ont été assidus et ont mis sur la table à peu près tous les points du problème nouveau posé à la Nation.

Ces députés sont moins d’une vingtaine. Ils représentent moins de 10% de l’assemblée nationale. Le reste des représentants du peuple français a chômé. 90% de l’Assemblée, tous bords confondus, ont été absents et n’ont pas rempli leur devoir. Le gouvernement a une part de responsabilité, en refusant de fixer des votes solennels, mais ni le soucis ni l’enjeu ne sont là.

Nous ne sommes plus représentés. Cette situation décrite ci-avant n’est pas neuve, beaucoup l’on dénoncé de longue date et je n’ai jamais tue mon écœurement (qui explique en partie pourquoi je ne vote pas). Ce qui est neuf c’est que face au silence jusque-là assourdissant des médias nous avons été des millions à avoir accès à la réalité des débats et des informations, des dizaines de milliers à nous investir sur ce combat majeur. Et des milliers à épier tous les échanges, à décrypter, relayer et commenter en remettant aussi souvent que possible en perspective tous les éléments politiques, économiques et culturels, nous recommandant mutuellement et efficacement les meilleures ressources disponibles.

Twitter n’y est pas pour rien, mais avant cela le live de l’Assemblée Nationale sur Internet. Rappelons que si les débats en Guadeloupe avaient pu se dérouler dans de bonnes conditions entre gouvernement et LKP c’est en particulier car ils avaient été filmés du début à la fin - ceci est un acte démocratique considérable à reproduire et imposer.

Ils ont démissionné “face caméra”. Avec leurs seuls sièges vides pour plaider.

Hadopi en s’attaquant à la substantielle moelle du web (la liberté et l’abondance) a accéléré un processus de toute façon en cours. La démission du pouvoir a été caractérisé et demeurera gravée.

Une loi qui portaient gravement atteinte aux libertés numériques, était au demeurant techniquement inapplicable, allait couter sans doute plus d’une dizaine de millions d’euros en n’apportant pas un seul centime d’euro à aucun artiste (c’est d’ailleurs la seule certitude absolue dans sa mécanique - contrairement à la licence globale pour laquelle je me bats avec vigueur) a été l’objet d’un coup de flibusterie de quelques députés zélés au rideau aisé. Plus encore, cette loi n’est pas passée à ce jour (et passera quoi qu’il en soit pour n’être jamais appliquée) par le seul fait que l’Assemblée Nationale, le véritable lieu du débat publique et de la construction de notre environnement légal, fut vide. Vide à en crever.

Alors attendez-vous, cher français, à devoir installer des mouchards sur vos ordinateurs, à ce que vos ados n’aient plus accès à la culture (vu le prix du CD ou de la place de ciné) ou plus certainement entrent massivement dans l’illégalité et à continuer de vous contenter d’être interogé une fois l’an sur tel ou tel élu qui ne vous représentera pas s’il doit siéger dans une assemblée. Les Assemblées, ça craint, sans doute.

Hadopi clarifie les choses. Oui. Nos politiques ont démissionnés. Ils peuvent faire tous les sourires du monde au G20, laisser bruler une cité à Strasbourg pour dénoncer la violence de quelques cagoulés, tous nous assimiler à des pirates : ils n’ont plus l’autorité que leur accordait leur légitimité de représentants républicains. Ils ne représentent plus, pour l’essentiel d’entre-eux, que des intérêts particuliers - et d’abord les leurs. De longue date. Et maintenant, sous nos yeux en “live”.

Ils nous vendent une crise économique, mais c’est la crise de leurs choix politiques, celle de leur renoncement aussi, celle de leur impuissance coupable et celle d’un déni de démocratie que nous voyons lamentablement se dérouler sous nos yeux (et nos tweets) qui se joue-là.

MAJ : Doit-on trouver normal que la loi puisse être faite en présence de moins de la moitié - au moins - des députés ?

MAJ 2 > à lire à ce sujet, Rejet de la loi Hadopi : où étaient les 541 députés absents ? Par Paul Quilès sur Rue89

Image d’après Richard Ying, pour lePost, mars 2009
> photo et bafouille sous Creative Commons.

Commentaires

8 commentaires sur l'article “Hadopi clarifie les choses : Nos politiques ont démissionné !”

  1. Nicolas Voisin le 10 avril 2009 à 18:22

    à propos du “quorum”, texte officiel déniché via http://twitter.com/yledu/status/1491663599

    > http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/fiches_synthese/fiche_42.asp

    - Le quorum :

    “Conformément à un principe républicain rappelé par son Règlement « l’Assemblée est toujours en nombre pour délibérer et pour régler son ordre du jour ». Les votes sont donc valables quel que soit le nombre de présents sauf si un président de groupe demande la vérification du quorum avant l’ouverture du scrutin.

    Le quorum désigne la présence dans l’enceinte de l’Assemblée nationale de la majorité absolue des députés (calculée sur la base du nombre de sièges effectivement pourvus).

    Lorsqu’un vote ne peut avoir lieu, faute de quorum, la séance est suspendue et le scrutin est reporté d’au moins une heure. Le vote est alors valable quel que soit le nombre de députés présents.”

  2. borneo le 10 avril 2009 à 20:49

    Hadopi, une loi dangereuse pour la sécurité nationale.

    Comme l’ont soulignés des posteurs, cette loi va entraîner l’utilisation intensive des techniques de cryptage par les internautes.
    Nos services de sécurité peuvent dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ou la grande délinquance isoler et percer de telles communications dans la mesure ou elles sont encore rares.
    Lorsqu’ils devront lancer leurs filets au sein de millions de connections “Tor”refiés, proximisées, tunnelisées, hashées et cryptées, cela deviendra mission impossible.

    Que la ministre Albanel ignore ces considérations comme elle foule à pieds joints sa mission de développer la culture populaire, on peut le comprendre.

    Mettre en péril la sécurité de tous au profit des “artistes suisses,” c’est de la part du Président presque une action de haute trahison. Il est vrai que l’avocat d’affaires qu’il était, étendait ses conseils jusqu’à la fiscalité helvétique comme le rapporte la presse à propos des malheurs d’Henri Lecomte ”

    Pourtant, madame Alliot-Marie qui s’apprête à interdire la cagoule dans les manifestations devraient être consciente du problème

    La juste rémunération du aux artistes que nul ne conteste devrait faire l’objet d’un réel débat et non du diktat d’un président qui ignore toutes les mises en garde sur la dangerosité d’une loi pernicieuse.

    Ce qu’il convient de développer, c’est le spectacle vivant, la création populaire. et cela passe au contraire par plus d’échanges non cryptés

  3. alphoenix le 10 avril 2009 à 22:08

    Qu’ils soient tous là où pas, il ne votent pas en fonction de ce que leur tête leur dit, ce qu’ils ont pensé des arguments (Martine, brillante !) mais de ce que dit le chef de groupe. Donc un ou dix, tant que le rapport de force est là, on se fiche du nombre…

  4. pierre abac le 11 avril 2009 à 12:46

    Allez plutôt sur Seconde Life !

  5. Carine le 16 avril 2009 à 3:35

    c’est juste. un tel cas devrait etre une signfication au droit de dissolution de l’assemblee nationale.

  6. jpd le 17 avril 2009 à 6:31

    une précision : les débats concernant la loi DADVSI étaient eux aussi diffusés en direct et suivis nuit et jour massivement.

  7. Nicolas Voisin le 17 avril 2009 à 7:37

    @jpd > je plussois / c’est le “massivement” qui est encore plus flagrant ici et surtout l’instantanéité du partage des commentaires qui est accentué par le microblogging et l’expansion des réseaux sociaux ;)

  8. galunto le 17 avril 2009 à 9:56

    Que tous les députés ne soient pas présents dans l’hémicycle au moment du vote d’une loi ne me choque pas tant que ça ; ils n’ont pas tous les mêmes compétences ni les mêmes centre d’intérêts, et à la limite si seuls les députés les plus “impliqués” dans la fabrication d’une loi participent à son vote, car ils sont les plus à même d’en comprendre les tenants et les aboutissants, ça ne me pose pas de problème.

    Par ailleurs, c’est méconnaître la vie parlementaire que de s’indigner à chaque fois que l’on voit des assemblées vides au moment des votes : chaque groupe parlementaire fait ses petits calculs pour emporter le vote. Ainsi, la majorité s’assure d’être en supériorité pour faire passer ses textes, et si cette majorité nécessaire se limite à une vingtaine de députés, inutile de rameuter tout le groupe. Ca ne veut pas dire que les autres députés ne font rien. Il peut arriver parfois, qu’en usant de tactiques, l’opposition l’emporte, mais c’est l’exception qui confirme la règle.

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